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Fitter Happier | Thom Yorke
Oxford, 9 avril 2003. Dans un hôtel coquet et discret, Radiohead se plie de bonne grâce aux tourments de la promotion. Pour la première fois depuis Ok Computer, son leader Thom Yorke a même accepté de parler à nouveau à la presse spécialisée, après le mutisme qui avait accompagné les sorties de Kid A et Amnesiac. Détendu, souriant, dévoilant un humour dont seuls ses proches avaient pu profiter j usqu' ici, il évoque la sérénité et la confiance d7 un groupe qui lui ont permis d' enregistrer Hail To The Thief, disque fascinant, entre apaisements oniriques et tensions orgasmiques, point d' orgue d' une discographie guidée par un seul mot d7 ordre : l7 excellence.
Tu as laissé entendre que Hail To The Thief serait un album plus évident que ses prédécesseurs. Au final, ce n'est qu'en partie vrai, non ?
(Rires.) Je suppose que tu as raison... Mais sincèrement, je le trouve quand même bien plus direct, bien plus pop. (Sourire.) Il est très cohérent également. Mais je pense aussi que nous voulions continuer à suivre certaines directions que nous avions empruntées sur Kid A et Amnesiac. Nous maîtrisons mieux certaines choses d'un point de vue technologique, nous avons plus confiance en nos possibilités respectives. Ce n' est effectivement pas à proprement parler un disque rock, comme 1' ont laissé supposer certaines choses qu' on a pu lire à droite et à gauche. (Sourire. ) C' est d'ailleurs devenu une blague récurrente entre nous : "Ok, les gars, c'est décidé : le prochain album sera un disque à guitares".
À l'écoute du disque, on a l'impression que ce pourrait être une sorte de best oi du groupe, tant on y retrouve les différentes directions que vous avez suivies depuis vos débuts.
Hum... C' est un point de vue intéressant. Entre nous, nous avons envisagé cet album comme une célébration. Personnellement, cette fois-ci, je n' avais pas en tête un axe particulier, comme ça avait pu être le cas sur les deux disques précédents. Je souhaitais juste qu' on laisse la porte ouverte à toutes les idées qui nous passaient par la tête, sans restriction aucune. Pour résumer, je ne voulais pas suivre de direction précise et j' avais envie de savoir ce que les autres avaient comme désirs. J' ai sans doute été moins directif. Et ter. impression vient sans doute du fait que Hail To The Thief reflète plus les envies de chacun... En revanche, en avair cous la même volonté, celle d'enregistrer rrès vire, ensemble dans la même pièce. On a essayé de ne pas analyser ce que nous étions en train de faire. En tout cas, on s' efforçait de ne pas le faire, on s'entraidait presque mutuellement... (Sourire.) On a vraiment essayé de capturer un moment, comme ça, sur le vif.
Même pour les textes ?
Oui, complètement. À un moment, en particulier après les événements du 11 septembre, je passais mon temps à écouter la radio, des émissions politiques, des débats. Et chaque fois que j' entendais un mot ou une phrase qui m' intéressaient, je les notais. Ce qui me guidait, c' était la sonorité et non la signification, d'autant que je les avais retirés de leur contexte originel... Et je me suis retrouvé avec cette immense liste de phrases abstraites.
Tu as utilisé une technique proche du cut-up ?
Pas vraiment, même si ça a pu arriver sur certains textes. Car je ne cherchais pas à donner un sens aux paroles, c' é-tait vraiment une compilation. Encore une fois, je ne voulais pas analyser ce que j'écrivais... (Sourire.) Maintenant, quand je les relis à tête reposée, je suis le premier surpris de 1' image que la plupart dégagent, celle d'une incroyable colère... C' en est presque effrayant parfois. (Sourire.) Mais il n'y avait aucune intention délibérée ni aucune velléité politique... Même si je comprends très bien que certains textes, aujourd'hui, puissent être interprétés comme ça.
“SYNDROME" OK COMPUTER
Tu laissais entendre tout à l'heure que vous avez accordé plus de liberté aux autres...
Oh, oui... (Sourire.) Car nous avons passé beaucoup plus de temps ensemble, enfermés dans la même pièce. L'été dernier, Ed a eu ce projet un peu dingue d'organiser une mini-tournée pour jouer les nouveaux titres live, alors il fallait bien les répéter. (Rires.) Mais je dois reconnaître aujourd' hui que c' était vraiment une idée géniale. Elle nous a aidés à tendre vers un même résultat. Ça nous a permis de ne pas gamberger, de ne pas nous poser tout un tas de questions idiotes sur telle ou telle chanson. Il faut savoir que, quand tu fais de la musique, tu échoues à 90 % du temps, tu n' arrives pas au résultat que tu souhaitais. Mais ce sont ces échecs qui te permettent ensuite de franchir une étape, de mieux concrétiser tes volontés artistiques. En fait, c' est 1' opposé de tout ce qu' on t' inculque quand tu es gamin. (Il prend un ton professoral.) "Dans la vie, il ne faut penser qu'à réussir". (Sourire.)
Tu as donc dû apprendre à échouer ?
Oui, en quelque sorte... Non, c' est même exactement ça. Surtout en musique. Je crois qu' il n' y a rien de plus horrible que d'écouter un musicien qui ne fait jamais une seule fausse note. C' est une torture d'écouter un batteur qui est touj'ours en rythme ! (Rires.)
Les accidents sont-ils importants pour la musique de Radiohead ?
J' étais vraiment dans cet état d'esprit pendant Kid A et Amnesiac. Mais c' était normal : nous avancions à tâtons, nous découvrions un univers inconnu, nous construisions des choses à 1' aveuglette, nous apprenions sur le tas. Pour ces deux disques, j' avais décidé qu' il nous fallait tout enregistrer : dès qu' on avait une idée, on la mettait en boîte, même si elle était ridicule. (Sourire.) En tout cas, pour revenir à la notion d'échec, il ne faut pas le faire délibérément... Ça me fait penser à Jonny : quand, en concert, il fait une erreur, il la reproduit ensuite, histoire de nous faire croire qu' il avait joué cela sciemment ! Bon, il sait très bien que nous ne sommes pas dupes, mais ça ne le dérange pas ! (Rires.)
Pour Hail To The Thief, la tournée au Portugal et en Espagne pendant l'été 2002 a-t-elle été très importante ?
C' est même 1' une des étapes primordiales dans la conception du disque. Nous étions partis du principe d'enregistrer les morceaux live, en un minimum de prises. On s' est même fixé de faire une chanson par jour, c' était la règle. Encore une fois, nous voulions aller vite, sans nous donner la possibilité de nous retourner. Nous voulions juste continuer à avancer, jusqu' à ce que le disque soit terminé. Dès lors, ces concerts nous ont permis de nous préparer à ça, c' était un échauffement, en quelque sorte. Et puis, je sais très bien que si nous avions enregistré certaines chansons avant de les jouer sur scène, nous nous serions tous dit : "Merde, pourquoi la version studio n'est pas aussi bien que celle que nous avons faite ce soir..." (Rires.) C' est vrai : nous sommes la plupart du temps d'éternels insatisfaits... En tout cas, on ne voulait surtout pas retomber dans le "syndrome" Ok Computer : lorsque je repense au temps passé sur certains titres, ça me fait froid dans le dos. (Sourire.)
L'un des éléments impressionnants sur ce nouvel album, c'est la confiance qui se dégage de ton chant.
(Sourire.) Déjà, je crois que je me suis remis à chanter sur ce disque... Tout simplement. Je me suis rappelé que j' é-tais entre autres là pour ça. (Rires.) J' ai arrêté de me demander pourquoi c' était moi qui me retrouvais derrière le micro. Et la naissance de mon fils n' est pas étrangère à ça. (Sourire.) Je ne veux pas paraître chiant ou pontifiant, parler d'âge adulte comme le font bon nombre de musiciens à un moment donné, mais c' est vrai que cet événement personnel m' a fait prendre conscience qu' il fallait que j' arrête de me prendre la tête sur tout ce que 1' on faisait avec Radiohead, tout ce qui en découlait, comment nous étions perçus ou disséqués. Disons que tu relativises certaines choses quand tu t' occupes d'un enfant... (Sourire. )
Cette confiance retrouvée, tu l'as transmise aux autres ?
Peut-être... (Sourire.) Je ne sais pas. (Il fait une pause.) Là, nous sommes en pleine confiance, comme rarement nous 1' avons été depuis les débuts du groupe, mais je suis intimement persuadé que dans six mois, à la fin de la tournée, nous serons dans un tout autre état d'esprit. Mai bon, ce n' est peut-être pas la peine d'y penser.
Justement, cette succession de moments de doute et de confiance n'est-elle pas l'une des forces du groupe ?
(Immédiatement.) Oui. Il n' y a aucun doute possible là-dessus. Les deux albums précédents n' auraient jamais existé si nous n' avions pas perdu, et moi en particulier, foi envers tout ce que nous avions pu faire auparavant.
Aujourd'hui, tu perçois le diptyque Kid A / Amnesiac comme une thérapie qui a permis à Radiohead de poursuivre son chemin ?
(Il réfléchit.) La thérapie fonctionne si tu parviens à réaliser ce que tu as vraiment en tête. À ce titre, un morceau comme Everything In Its Right Place a eu une importance primordiale. Lorsqu' on a enfin matérialisé la direction que 1' on désirait, ce fut un véritable soulagement... (Sourire.) La musique n' est pas une science. Pendant des semaines et des semaines, tu entends un son dans ra tête que tu n' arrives pas à reproduire. Ça peut être pénible. En revanche, quand tu y parviens, c' est un sentiment fantastique... D' ailleurs, je peux jurer que les meilleures choses que nous ayons faites, à chaque fois, sont celles que nous avions d'abord imaginées, celles qui préexistaient dans nos cerveaux. Contrairement à des idées reçues, Kid A et Amnesiac n' étaient pas simplement des exercices d'expérimentation de notre part. Ils iraient une réaction à nos précédents disques, en particulier à Ok Computer. C' est aussi pour cela que 1' on retrouve certains de ces éléments dans Hail To The Thief, qui, pour le coup, est une extension logique de ce que r.cts avons pu faire auparavant.
Quelle est la plus ancienne chanson sur Hail To The Thief ?
(Il réfléchit.) Wolf At The Door, il me semble. Non, celle-ci et Where I End And You Begin datent de la même époque, du début des sessions de Ok Computer. Mais elles rf avaient pas trouvé leur place à 1' époque. I Will faut... D' ailleurs, c' est assez étonnant parce que ce phénomène est récurrent chez nous. En fait, à une période, on travaille un morceau, mais personne ne semble sur la même longueur d'onde ou ne comprend 1' idée initiale. Et puis, on s' en souvient plus tard et les choses trouvent leur place, presque spontanément. C' est qui est arrivé avec The National Anthem sur Kid A, morceau que j' ai dû écrire à 1' origine en... (Silence.) En 1994 ! Six ans pour terminer une chanson, c' est pas mal, non? (Sourire.) C'est d'autant plus étonnant dans ce cas précis que nous étions en train de travailler sur un autre titre, quand Colin a trouvé cette ligne de basse, qui était en fait exactement 1' élément qui nous manquait pour aller plus loin avec The National Anthem.
En Grande-Bretagne, le titre du disque est sujet à polémique...
(Il coupe.) Aucune importance car je sais que 1' on n' y pensera plus dans quelque temps, que ce sera de 1' histoire ancienne. Nous, nous savons pourquoi nous 1' a-vons choisi : il correspond tout simplement à 1' origine de la musique que 1' on peut entendre.
Vous considérez-vous comme des voleurs ?
Bien évidemment ! Tout, sur ce disque, est volé... (Sourire.) D'ailleurs, c'est ce qui fait à la fois notre plus grande faiblesse et notre plus grande force : depuis des années, nous nous retrouvons constamment influencés par telle ou telle chose... Sincèrement, ça m' énerve parfois. J' aimerais qu' on arrive au moins une fois à ne suivre qu' une seule idée pour un album entier. Ou au moins, pendant toute une chanson i (Rires.) Mais bon, voilà, c'est ça, lapopmusic. (Sourire.)
La force de Radiohead serait-elle d'être un voleur plus doué que les autres ?
Un voleur doué ? (Rires.) Oui, ça me plaît bien !
Et si vous vous étiez retrouvé à court d'inspiration pour ce disque, le sang de quel jeune groupe seriez-vous aller sucer ?
(Rires.) Il me faut un peu de temps pour réfléchir, là... Non, je ne vois pas. De toute façon, je préférerais m' a-charner sur les anciens, il y a moins de risque de se tromper...
Selon toi, ce nouvel album marque-t-il le début d'un nouveau chapitre ?
(Il réfléchit. ) Je ne sais pas... Non, en fait, je le vois plus comme la fin de quelque chose. (Silence.) Mais dans un sens positif ■
Fitter Happier | Colin & Jonny Greenwood


Paris, le 14 avril 2003. Colin et Jonny Greenwood viennent passer une journée dans 1' une de leur ville préférée, mais ne peuvent guère goûter aux joies du tourisme. Radiohead est sur le point de sortir son sixième album et les médias de toutes sortes sont en ébullition. C' est pourtant en toute décontraction que les deux frères répondent aux questions. Même aux plus saugrenues. À l'écoute de Hail To The Thief, et comme l'a laissé entendre Thom Yorke, on a l'impression que ce disque est plus le résultat d'un travail collectif... Colin : Et c' est d'ailleurs le grand désastre de cet album... (Rires.) Plus sérieusement, c'est en partie vrai car, au tout début de 1' enregistrement, Thom nous a donné à chacun un Cd de chansons sur lesquelles il travaillait, mais dans des versions très dépouillées, il y avait juste un piano, une guitare, une mélodie. Les morceaux étaient moins avancés que d'ordinaire, tant et si bien qu' on a eu plus de liberté pour essayer de massacrer ses belles compositions ! (Rires.) Jonny: Cela dit, il faut quand même relativiser, car les deux derniers albums étaient aussi 1' œuvre d'un travail collectif. Maintenant, pour moi, les meilleures chansons de Hail To The Thief sont celles où chacun d'entre nous a vraiment apporté son grain de sel, comme sur Sail To The Moon par exemple. Là, tu as cinq personnes qui donnent le meilleur d'elles-mêmes, mais 1' ensemble reste d'une parfaite cohérence. Et pour ce qui est du côté pop du disque, comme il avait été annoncé un peu partout avant sa sortie... C: Moi, aussi bizarre que ça puisse paraître, je le trouve très poppy. (Sourire.) Rares sont les chansons qui dépassent les trois minutes, elles ont des refrains, il y a des guitares... Et 1' on entend même une voix à nouveau ! (Rires. ) D' ailleurs, lors de 1' enregistrement, dès qu' un titre approchait les quatre minutes, on se disait : "fa y est les gars, on a encore échoué !" (Rires.) Tiens, tu remarqueras que le premier single There There est le titre le... plus long du disque ! Et quand je pense que certains doutent encore de notre humour... C' est un album coloré. Et comme la plupart des morceaux ont été enregistrés live, il s' en dégage une impression de fraîcheur que 1' on ne trouvait pas sur Kid A, par exemple. Et puis, il est aussi plus direct, plus ouvert. Je trouve que ce disque pourrait faire œuvre de best of, tant on retrouve les différentes facettes du groupe. Je vois ce que tu veux dire. Et je suis assez d'accord avec cette analyse. Moi-même, je peux y entendre des éléments de The Bends, de Ok Computer et de nos autres disques. Comme on avait pris la décision de travailler rapidement, on ne pouvait utiliser que ce que 1' on avait à notre disposition, aussi bien au niveau matériel qu' à celui de notre expérience en tant que musicien, que 1' on a accumulée depuis Pablo Honey. Dans une récente interview, Jonny a dit que ce disque était une photographie exacte de 1' enregistre- ment à los Angeles, qui n' a même pas duré trois semaines, ce qui est relativement court pour nous. On est bien loin de 1' époque Kid A et Amnesiac, non? (Sourire.) J : Maintenant, nous avons suffisamment confiance en nous pour utiliser tout ce que nous avons appris au cours de ces dernières années. Et en même temps, nous ne sommes plus attachés à une technique en particulier. Un ordinateur, une guitare, un piano sont des instruments tous aussi intéressants les uns que les autres, peuvent être tout aussi magiques, à partir du moment où tu les utilises à bon escient. Il faut arriver à être détaché du procédé qui te permet d'enregistrer la musique dont tu rêves. Seul le résultat compte, seule la chanson, ses arrangements sont importants, qu' importe la façon dont tu 1'as obtenu. Et puis, tout le monde était vraiment détendu, et je pense qu' on peut le ressentir.... DÉMOCRATIE EN DIRECT C'est la première fois que vous enregistrez un album en étant aussi détendus ? Ah ça, oui ! (Sourire.) C' est un état d'esprit que 1' on avait déjà connu en tournées, lors de certains concerts, mais en studio, nous nous laissions toujours envahir par la pression. Jusqu' à présent, on était obnubilé par le fait qu' un enregistrement est ensuite figé à jamais. C' est pour cela qu' il nous est arrivé de recommencer un morceau des dizaines de fois... (Sourire.) Pour No Surprises, sur Ok Computer, je ne sais plus combien de versions nous avions faites avant de nous rendre compte que la meilleure était de loin la première ! Maintenant, on a appris à garder les premières prises. Enfin, quand elles sont bonnes. (Sourire.) Pour Thom, ce disque marque la fin d'un chapitre... C :C' est vrai, je suis entièrement d'accord. Et ça revient un peu à ce que tu disais en employant le terme "best of". Je crois que 1' on peut percevoir ce disque comme le résumé d'une histoire, assez longue, qui a commencé avec Creep... Hail To The Thief est aussi le dernier Lp quant au contrat qui nous lie avec notre label... Dès lors, un album comme celui-ci était encore plus pertinent, je suppose. Mais bon, le plus important reste qu' il soit avant tout une collection de chansons très fortes... (Sourire.) On a essayé de capturer 1' énergie que 1' on peut avoir en concert, ce qui manquait sans doute sur Kid A et Amnesiac. Mais ne me fais pas dire ce que je n' ai pas dit : je ne sous-entends pas qu' ils soient mauvais, loin de là, d'autant plus que je suis persuadé qu' avec le temps, Kid A sera considéré comme 13 C' est quand même horrible : je parle à des gens que je ne connais pas et leur explique à quel point nous sommes bons... Et j' ai même suffisamment confiance en moi pour leur dire qu' ils se trompent s' ils trouvent que Hail To The Thief n' est pas un bon disque. (JONNY) 1' un de nos meilleurs disques. En fait, la genèse de Hail... remonte à la sortie du live I Might Be Wrong, qui nous a donné une idée assez précise des directions qu' allaient emprunter les nouveaux morceaux en studio si nous les jouions sur scène avant. I : Je suis entièrement d'accord pour dire que ce disque est à prendre comme un condensé du parcours du groupe. En fait, on a passé toutes ces années à faire de très bonnes choses, et elles nous ont permises aujourd' hui d'enregistrer un album excellent. (Sourire.) Les dates en Espagne et au Portugal de l'été dernier sont donc indissociables de ce nouvel Lp ? C : Oui... C' était aussi une façon de tester les morceaux auprès du public. S' il applaudissait à la fin d'une chanson, on la gardait. Sinon, elle passait à la poubelle... Si les gens n' avaient pas eu à payer leur entrée, on aurait pu parler de démocratie en direct. (Rires.) I : En gros, on a passé trois mois sur 1' écriture et les arrangements, et on a enregistré le disque en deux semaines. Entre ces deux phases, nous avons fait cette tournée. Qui faisait partie de 1' enregistrement, en fait. GROUPE DE STADES Quels sont les points forts de Hail To The Thief. selon vous ? C : J' adore la façon dont Thom chante, il est très direct, très clair. Il a pratiquement enregistré toutes ses voix en une seule prise. Cette fois, il ne s' est pas posé de questions... J' aime beaucoup les diverses émotions, les différents sentiments qu' il dépeint ici avec son chant : la colère, le sarcasme, la beauté, la tristesse, la consolation, la célébration... Il avait totalement perdu confiance dans sa voix après Ok Computer, et c' est pour cela qu' il avait eu la volonté d'en changer le son, de la trafiquer, sur nos deux enregistrements précédents. Il y a également le rôle primordial de Phil. C' est le premier album où tous les instruments s' appuient sur sa batterie. Quasiment tout a été arrangé autour de ça. Sincèrement, c' est un album que j' aime beaucoup, j' adore chaque chanson. Mais je ne peux pas dire, pas encore, que ce soit mon préféré. (Sourire.) Cela dit, c' est la première fois que nous supportons encore de nous voir après un enregistrement, que nous sommes vraiment contents d'être ensemble, sans avoir eu besoin d'un break de quelques semaines. Avec le recul, voyez-vous l'enregistrement de Kid A et Amnesiac comme une nécessité pour que le groupe puisse continuer ? Déjà, Kid A est un disque de musiciens qui s' opposent à 1' i-dée d'être dans un groupe de stades... (Sourire.) Ensuite, c' était un apprentissage indispensable pour apprivoiser la technologie et savoir 1' utiliser dans un cadre live. Par exemple, sur 1' intro de 2 + 2 = 5, le son que tu entends est en réalité la guitare de Jonny, non pas branchée sur un ampli, mais sur un ordinateur et passée par un programme qu' il a lui-même trouvé. Voilà exactement le genre de détail qui rend un disque encore plus intéressant. Il fallait que 1' on se mette en danger pour mieux retomber sur nos pieds ensuite. On se devait aussi de casser la relation exclusive que chacun pouvait avoir avec son instrument. 1:0n a toujours des choses à apprendre. Il y a trois ans, jamais je ne nous aurais cru capable d'enregistrer un titre comme Everything In Its Right Place et pourtant, nous y sommes parvenus. Et j' en suis tellement fier. Aujourd' -hui, on sait faire ce genre de choses aussi rapidement que si 1' on se contentait d'utiliser nos guitares. Et c' est ce que nous voulions. (Il s' arrête. ) C' est quand même horrible : je parle à des gens que je ne connais pas et leur explique à quel point nous sommes bons... Et j' ai même suffisamment confiance en moi pour leur dire qu' ils se trompent s' ils trouvent que Hail To The Thief n' est pas un bon disque. (Sourire.) Avant, c' était le cas pour certaines chansons, mais pas sur la longueur d'un album. Mais bon, je ne m' inquiète pas : dans quelques semaines, j' aurais révisé mon jugement. (Rires.) La polémique autour du titre, cette soi-disant référence à George W. Bush, vous a-t-elle ennuyée ? (Tranchant.) Oui. Parce que nous n' avons jamais intitulé 1' un de nos albums d'après un événement politique. De toute façon, Je suis persuadé que notre disque survivra à Bush. (Sourire.) Et le fait que les chansons se soient retrouvé très vite sur Internet ? Bah, au moins, cela a donné un autre éclairage au titre, non ? (Sourire.) La seule chose qui nous ait chagrinés, c' est que ce n' était pas les versions définitives. On a l'impression que vous n'avez jamais été aussi heureux au sein de Radiohead ? C' est vrai... Les chansons sont bonnes, elles sonnent bien, on a encore plein d'idées, tout le monde participe à la musique... C:On sait que 1' on peut emprunter plusieurs directions. Aujourd' hui, personne ne sait comment on va évoluer... On enregistrera peut-être un autre album. Ou Thom sortira un disque solo, avec ou sans notre contribution. Tout est ouvert, et c' est excitant. Nous n' avons plus peur du futur. Plus maintenant. Après tout le stress de ces dernières années, la seule chose dont nous soyons sûrs, c’ est que 1' on poursuivra 1' aventure seulement si 1' on continue de s' a-muser ■
Fitter Happier | ED O'BRIEN & PHIL SELWAY


Londres, le 25 mai 2003. En toute fin d' après-midi, Ed 0' Brien et Phil Selway se reposent quelque peu avant de monter sur la scène du Shepherds Bush Empire à Londres. Pourtant, par téléphone, ils se prêtent de bon cœur à la énième interview qui les charge de s' expliquer sur 1' excellence de Hail To The Thief.

Vous avez débuté votre tournée britannique il y a une semaine : comment se passe-t'elle jusqu'à présent ? Phil : Pour 1' instant,nous avons plutôt donné de bons concerts. Ed: C' est vrai, on peut même dire que tout va bien. Le public est enthousiaste et nous, nous retrouvons peu à peu nos marques, nos sensations. E/ autant plus qu' il y a toujours un peu d'appréhension quand tu joues les morceaux d'un nouvel album sur scène. Pourtant, vous avez déjà joué la plupart de ces titres lors de vos concerts l'été dernier. Oui, mais ce n' était pas du tout la même chose car 1' essentiel de nos sets était en général constitué de ces chansons, puisque la tournée avait été organisée pour que 1' on puisse les tester en public. Aujourd' hui, ces mêmes morceaux sont intégrés dans un répertoire beaucoup plus large, et 1' on ne savait pas vraiment s' ils allaient s' y fondre parfaitement. Mais après une semaine, la plupart de nos doutes ont déjà disparu... Est-ce la première fois que vous enregistrez de cette manière ? (Il réfléchit.) Hum, non, pas tout à fait... Car pour The Bends, et même Ok Computer, nous avions suivi à peu près le même plan de conduite, pour ce qui est de la préparation et des répétitions en tout cas. En revanche, nous n'avions jamais eu ce détachement par rapport à ce que nous faisions. Je ne veux pas dire par là que nous n' étions pas concernés, bien au contraire, mais cette fois, nous ne nous sommes posé aucune question. Ça peut paraître dingue, mais c' est même la première fois que nous avons réellement apprécié un enregistrement, tous autant que nous sommes ! Je ne sais pas pourquoi nous n' avons pas pu nous mettre dans un tel état d'esprit auparavant... (Rires.) En fait, nous nous sommes enfin dit que nous n' avions rien à prouver à personne, qu' il fallait juste nous contenter de faire la musique dont nous avons envie, que nous aimons et que d'autres personnes aiment... Dans ce nouvel album, on peut entendre des échos de tout ce que Radiohead a pu faire jusqu'à aujourd'hui. Entièrement d'accord. On pourrait même dire qu' il est la compilation de tout ce que nous avons réussi ce mieux sur nos quatre derniers disques. On retrouve 1' énergie de The Bends, la chaleur, les paysages et les guitares de Ok Computer, les sonorités de Kid A et d'Amnesiac. Et je crois qu' un tel résultat esc dû aux concerts de ces deux dernières années. Avec les morceaux de nos deux précédents albums, nous avons été dans 1' obligation d'aborder le live de façon différente. On a compris que l'on pouvait jouer des morceaux sur scène sans pour autant qu' ils soient uniquement basés sur des guitares. P : Le côté "résumé" du disque est même une évidence qui s'impose d'elle-même. Mais ce n'était pas non plus quelque chose de réfléchi, du style : "Tiens, faisons un morceau dans l'esprit de The Bends. Et là, travaillons comme nous l'avons fait sur Kid A". ENSOLEILLÉ Hail To The Thief est-il aussi le résultat d'une plus grande confiance au sein du groupe ? Ed : Complètement. En fait, nous avons fini par nous rendre compte que nous n' étions pas si mauvais que ça. (Rires. ) Mais c' est vrai qu' à un moment, on a douté de nous, que 1' on a perdu nos moyens, même si ce n' était pas forcément 1' impression que 1' on donnait. P: Nous n' avons pas du tout abordé ce disque comme nous avions abordé les précédents. Le planning était parfait cette fois : deux mois de compositions et de répétitions, la tournée et pour finir, 1'enregistrement à proprement dit à Los Angeles. Comme il était tout autant pertinent de ne passer qu' une journée sur un morceau, ce qui est possible aujourd' hui parce que nous sommes de bien meilleurs musiciens. J' ai vraiment adoré le côté spontané qui a entouré la conception de cet album. Ed:Et cette fois, nous sommes parvenus à capturer en studio notre énergie, chose qui ne nous était pas arrivée depuis The Bends peut-être. Il paraît que vous n'étiez pas particulièrement enthousiastes quand Nigel Godrich vous a soumis l'idée d'aller enregistrer ce nouvel album à Los Angeles, v. C'est le moins qu'on puisse dire ! (Rires.) Nous ne sommes pas très fans de LA, à vrai dire, ce n' est pas le genre d'endroit où nous aimons rester trop longtemps. Mais il faut reconnaître que c' était parfait pour travailler. Et puis, nous étions dans 1' un des studios préférés de Nigel, qu' il connaît bien pour avoir déjà fait trois disques là-bas, deux avec Beck et un autre avec Travis. C' est un endroit qui date des années 50, parfait lorsque tu veux enregistrer live.Et puis Stanley (ndlr. Donwood, responsable du graphisme) est venu avec nous et tous les visuels autour de Mail To The Thief sont inspirés de ce qu' il a observé là-bas, en particulier les codes couleurs, qui reprennent ceux de la signalisation routière aux États-Unis . P: De toute façon, cette fois, nous ne pouvions plus 17 On a 1' impression d' avoir achevé un processus initié avec Kid A. Alors, c' est peut-être la fin d' une seconde phase. En revanche, nous avons rarement été aussi enthousiastes par rapport au groupe, et 1' on sait tous qu' il nous reste encore plein de pistes à explorer. (PHIL) reculer : cela fait des années que Nigel tente de nous persuader d' enregistrer là-bas ! Et il faut reconnaître que, comme souvent, il a eu raison d'insister. (Rires.) C'est aussi l'une des premières fois que nous enregistrons dans un environnement ensoleillé, ce qui, mine de rien, a son importance. Avec le recul, vous pensez que c'était une nécessité pour le groupe d'enregistrer des albums comme Kid A et Amnesiac ? Ed : Oh que oui... Même si ce fut éprouvant. P: Après Ok Computer, on avait 1' impression d'être arrivé au terme d'une première phase, et il nous était presque vital de trouver une nouvelle façon de travailler .On s' é-tait donc imposé cet embargo sur toutes nos anciennes habitudes. Et lorsque nous avons dû "adapter" les morceaux de Kid A pour la scène, on a découvert une nouvelle approche musicale entre nous. C' est en quelque sorte le point de départ de Hail To The Thief : nous voulions utiliser cette nouvelle énergie dans le cadre d'un studio. Colin a laissé entendre que la plupart des arrangements de ces nouveaux morceaux avaient été organisés autour de tes parties de batterie. C' est très gentil de sa part ! (Rires.) Non, je pense que ce disque est surtout basé sur les performances du groupe en général et je n' ai été qu' un rouage parmi les cinq. Nous avons beaucoup plus discuté entre nous lors de cet enregistrement, c' était beaucoup plus ouvert. Plus que tout autre chose, cet album est la somme de cinq individualités qui jouent sur la même longueur d'onde. Et la confiance qui vous a habités pendant l'enregistrement est toujours présente, peu de temps avant la sortie du disque ? Ed: J' ai 1' impression... (Rires.) Juste après la fin des sessions, j' étais intimement persuadé que nous venions de faire notre meilleur album, mais depuis deux semaines, je commence à douter, alors. Cela dit, 1' un de mes meilleurs amis m' a appelé et m' a dit qu' il le trouvait vraiment excellent. J' ai toujours eu confiance en ses goûts, surtout qu' il ne s' est jamais gêné pour me le dire lorsqu' il n' aimait pas. P: Moi, je suis vraiment impatient. Nous avons terminé le disque il y a près de trois mois maintenant. Et je commence à être quelque peu frustré, je veux que les gens puissent 1' écouter. Qu' ils puissent entendre la bonne version, pas celle qu' ils ont téléchargé sur Internet. (Rires. ) Pas que cela m' ennuie vraiment, mais ce n' est pas de cette manière que nous avions souhaité que le public écoute ces nouveaux enregistrements. Vous êtes d'accord avec Thom lorsqu'il voit ce nouvel Lp comme la fin d'un chapitre pour Radiohead ? Hum... Il faudrait peut-être reposer cette question une fois la tournée terminée. (Rires.) Maintenant, il est vrai qu' on a 1' impression d' avoir achevé un processus initié avec Kid A. Alors, c' est peut-être la fin d'une seconde phase. En revanche, nous avons rarement été aussi enthousiastes par rapport au groupe, et 1' on sait tous qu' il nous reste encore plein de pistes à explorer.Et puis, surtout, je crois qu' on ne s' est jamais aussi bien entendu entre nous. Ed : Je suis assez d' accord avec Thom et Phil dans le sens où j' ai 1' impression que ce disque représente la fin d'un cycle. Car maintenant, tout semble possible. Est-ce lié au fait qu'avec cet album se termine aussi le contrat qui vous lie à votre label ? C' est possible... Pendant dix ans, on a eu des des relations extraordinaires avec EMI, on a même été chanceux de travailler avec certaines personnes, qui nous ont suivis et appuyés depuis nos débuts. Mais il ne faut pas se voiler la face non plus : 1' époque est très dure pour les maisons de disques... Je ne suis pas sûr que, si nous avions commencé aujourd' hui, on aurait pu faire le même parcours. Dans trois ans, toute 1' industrie aura peut-être évolué, ce serait donc idiot de se précipiter. Il faut que 1' on réfléchisse ensemble à ce que nous attendons d'un nouveau contrat et voir ce que eux en espèrent ■
Follow Me Around | Chris Hufford
Interview CHRISTOPHE BASTERRA Depuis la fin de 1' année 1991, Chris Hufford (à droite sur la photo, en compagnie du producteur Nigel Godrich) et Bryce Edge sont les inamovibles managers de Radiohead. Musiciens dans les années 80, puis producteurs de groupes locaux, ils ont vécu en première ligne 1' ascension du quintette vers les sommets de la gloire. Pour évoquer cette épopée commune, Hufford, 1'une des deux têtes pensantes de Courtyard Management - également en charge des intérêts de Supergrass, autre formation d'Oxford - est loin d'utiliser la langue de bois. Je suppose que vous gardez un souvenir précis de la première fois que vous avez écouté Radiohead ? Oui, bien sûr, je m’en souviens même comme si c’était hier ! En fait, avec mon partenaire (ndlr. Bryce Edge), nous avions un studio d’enregistrement à Oxford qui s’appelait Courtyard. On travaillait pas mal avec les groupes du coin. C’était l’époque de ce qu’on a appelé la scène “shoegazing”, avec Ride, Slowdive et d’autres. Un ami de l’un de nos assistants m’a passé une cassette de On A Friday. Il devait y avoir quatorze ou quinze chansons. Pour être sincère, même s’il y avait quelques mélodies intéressantes, je trouvais que la plupart des morceaux n’étaient pas particulièrement fantastiques, on sentait trop les influences, essentiellement américaines. Le seul titre qui m’a séduit alors était le dernier, surtout parce qu’il sortait du lot : c’était un truc étrange avec des boucles, plus orienté électronique. J’ai quand même demandé s’ils avaient d’autres choses à faire écouter. J’ai récupéré une deuxième cassette quelques mois plus tard et, là, les progrès étaient vraiment notables. Je suis donc allé les voir en concert et j’ai pris une claque, comme on dit ! (Rires.) En tout cas, il a dû s’écouler quatorze mois entre la première fois que j’ai écouté leur musique et le moment où Bryce et moi sommes devenus leur manager. C'est donc ce premier concert qui vous a définitivement convaincu ? Disons que Bryce et moi étions intéressés par la seconde cassette, mais c’est vrai qu’après le concert, nous nous sommes dit qu’il fallait faire quelque chose avec eux, sans avoir d’idées très précises non plus. Par rapport à ce qui se passait musicalement à l’époque, surtout à Oxford, On A Friday était à part, avec une approche plus rock, plus agressive. À la fin du concert, je suis quasiment monté sur scène pour leur proposer de venir enregistrer une nouvelle maquette dans notre studio, que nous produirions gratuitement. (Rires.) Et puis, même si nous n’avions pas d’expérience dans ce domaine, on a réfléchi à l’idée de devenir leurs managers. Mais nous connaissions quand même quelques rouages du business puisque nous avions nous-mêmes joué dans des groupes... Au départ, vous avez cumulé les "casquettes" de producteur et manager ? C’est vrai et ce n’est certainement pas la meilleure idée que nous ayons eue ! (Rires.) Nous avons enregistré le Ep Drill, et il y a eu pas mal de tensions, de conflits d’intérêts. Je crois que Thom, en particulier, se posait des questions quant à notre principale motivation... C’était d’autant plus maladroit que j’avais moi-même été confronté à une situa- tion identique lorsque j’étais musicien. Et que j’avais eu à peu près le même genre de réaction. Mais, et dans ce métier encore plus que dans un autre, je crois que c’est en faisant des faux pas que l’on apprend. Et pensez-vous avoir commis d'autres erreurs ? Oh, sans doute. Peut-être dans le choix de certains singles à une époque. Nous avons aussi mis trop de pression au groupe au début de l’enregistrement de The Bends. Il y en a certainement d’autres, mais, bizarrement, je ne m’en souviens plus... (Rires.) Quel est d'après vous le tournant dans l'histoire de Radiohead ? (Rires.) Des tournants, le groupe en a pris plein, non ? Et certains, vraiment très serrés ! (Rires.) Mais je crois que le concert de l’Irving Plaza, à New York, en juin 1997, m’a fait comprendre que nous avions changé de sphère... Je ne parle pas d’un point de vue musical, mais en termes de notoriété. C’est bien simple, tu devais avoir à peu près tout le gratin du show-biz, ou peu s’en faut ! Il y avait des acteurs, et je ne sais combien de pop stars, comme les frères Gallagher, Michael Stipe, The Edge, Bono et même Madonna ! Là, je me suis dit : “Soit ces gens se sont trompés de soir, soit il se passe vraiment quelque chose autour du groupe... ” (Rires.) Je crois cjue le split aurait vraiment pu se produire à la fin des tournées Ok. Computer. Le groupe était dans un sale état, aussi tien physicjue cjue mental. Avec Creep, d avait goûté aux problèmes c|u incombe le succès, mais là, tout prenait des dimensions gigantesques... Lt les gars étaient complètement lessivés, ils ne savaient même plus pourquoi ils étaient là. Avez-vous craint, à un moment ou à un autre, de voir le groupe se séparer ? Hum... Une telle question relève... Du secret professionnel ! (Rires.) Et je pense que vous connaissez déjà la réponse. Bien sûr qu’on a frôlé la catastrophe, et ce, à plusieurs reprises. Mais je crois que le split aurait vraiment pu se produire à la fin des tournées Ok Computer. Le groupe était dans un sale état, aussi bien physique que mental. Avec Creep, il avait goûté aux problèmes qu’incombe le succès, mais là, tout prenait des dimensions gigantesques... Et les gars étaient complètement lessivés, ils ne savaient même plus pourquoi ils étaient là. Nous étions tous dépassés. C’était devenu effrayant. DÉLABREMENT MENTAL Quel est votre meilleur souvenir ? (Rires.) Impossible d’en choisir un seul ! Mais je garderais toujours en tête ce premier concert à Oxford quand je me suis retrouvé comme un môme, dans un état d’excitation incroyable : en l’espace de quelques instants, j’avais retrouvé les sensations d’un fan. Je crois que c’en était presque comique... Pourtant, depuis ce temps-là, j’ai vu de bien meilleurs concerts mais bon, celui-ci, pour diverses raisons aisément compréhensibles, reste vraiment à part. Et le pire ? En général, ce sont des choses que l’on essaye d’effacer de sa mémoire. Mais j’ai encore des sueurs froides quand je repense à la dernière partie de la tournée Ok Computer, aux États-Unis. Ces concerts auraient dû être autant de célébrations, une fête de tous les instants, mais le groupe était dans un tel état d’esprit, de délabrement mental que seules prévalaient les tensions... Mais bon, je ne préfère pas y repenser, tout ça est tellement loin. Quelle a été votre réaction à l'écoute de Hail To The Thief ? Comme vous devez vous en douter, notre implication dans le processus des enregistrements a évolué depuis les débuts. Ça fait un bon bout de temps maintenant que nous laissons le groupe tranquille, que nous le laissons faire ce que bon lui semble. Lorsque nous écoutons les premiers résultats, le disque est déjà bien avancé, les morceaux sont achevés ou en passe de l’être. Pour Hail To The Thief, ce fut un peu différent, notamment par rapport à KidA, puisque nous avons eu le loisir d’entendre bon nombre de nouveaux titres lors de la tournée du groupe en Espagne et au Portugal, l’été dernier. Maintenant, la première fois où je l’ai entendu, j’ai eu une impression de confusion et puis, tout s’est mis en place, l’ensemble a pris son sens. C’est un disque fort, puissant, éclectique. Pensez-vous que la fidélité envers la plupart de ses collaborateurs soit une des clés dans le succès de Radiohead ? C’est un point de vue intéressant... Je ne sais pas si on peut lui donner autant d’importance, mais cet élément, cette continuité nous ont sans doute aidés à ce que nous franchissions certaines étapes délicates. Je pense que depuis le début, il existe surtout un respect et une confiance mutuels entre les différents participants, et cela me semble vraiment déterminant. Tout le monde avait, et a, une vision commune. Et quand on tire dans le même sens, on ne peut qu’avancer... Aujourd'hui, vous êtes confiant quant à l'avenir du groupe ? Plus que jamais ! Ils sont détendus, heureux, on sent qu’ils prennent beaucoup de plaisir. Sincèrement, je les ai rarement vus aussi sereins. Et pour ne rien gâter, je crois que cela fait bien longtemps que je ne les avais pas connus aussi prolifiques. En plus, les premiers accueils réservés à l’album sont plutôt excellents. En gros, tout est parfait ! ■ 47
Follow Me Around | Keith Wozencroft
Interview CHRISTOPHE BASTERRA Fin 1991, quand Keith Wozencroft, tout juste nommé directeur artistique du label Parlophone, écoute la cassette d'un groupe baptisé On A Friday, il ne sait pas encore que cet événement va changer sa vie. Aujourd' hui directeur de cette même structure après avoir signé, au hasard, Supergrass, Mansun ou Coldplay, il revient sur quelques moments-clés de 1' histoire de Radiohead. Qui se confond avec la sienne. Gardez-vous un souvenir précis de la première fois où vous avez écouté Radiohead ? Comment pourrait-il en être autrement ?! J’étais sur le point de commencer comme directeur artistique chez Parlophone. Jusqu’ici, j’étais représentant commercial pour EMI, travaillant sur le terrain, dans les magasins de disques auxquels je proposais les nouveautés. Un jour, je passais au Our Price d’Oxford pour leur annoncer mon changement de poste et j’étais sur le point de partir quand l’un des vendeurs, qui s’est avéré être Colin, m’a donné la cassette de ce groupe dans lequel il jouait. Il y avait trois chansons. Celle qui m’a tout de suite interpellé fut Stop Whispering. D’une manière générale, j’étais très impressionné par la voix. J’ai tout de suite pensé qu’il y avait quelque chose d’intéressant. Je les ai ensuite rencontrés alors que j’étais directeur artistique depuis moins d’une semaine... Il s’est écoulé quatre mois entre notre première rencontre et la finalisation du contrat. Mais on a passé beaucoup de temps ensemble. En fait, étant nouveau, j’étais un peu naïf par rapport à tout ça. Je ne me doutais même pas qu’à peu près tous les directeurs artistiques du pays essayaient également de les signer ! (Rires.) Il y avait une sacrée compétition, et moi, j’étais persuadé qu’ils allaient venir chez nous. Avec le recul, c’est assez drôle. Mais je crois que si je m’en étais rendu compte, j’aurais paniqué, mis la pression sur le groupe et si ça se trouve, il serait allé voir ailleurs ! Vous les avez vus sur scène pour la première fois à cette époque également ? Exactement, dans le cadre d’un festival à Oxford, un événement local qui touchait à divers domaines artistiques. Ils jouaient sous une petite tente, en plein après-midi. Il devait y avoir huit personnes. Je ne pouvais pas rester jusquà la fin du set, mais avant de partir, jai tenu à dire à leur ingénieur du son que je les trouvais très bons. Et je les ai appelés aussi le lendemain, pour bien leur montrer que j’étais de plus en plus intéressé. Vous estimez-vous chanceux, en quelque sorte, de les avoir découverts ? Chanceux, absolument ! Maintenant, je trouve un peu déplacé le terme “découverts”. Le groupe existait, il était doué, je n’y suis pour rien...(Rires.) Le plus important, c’est d’avoir travaillé main dans la main depuis tout ce temps. Je crois qu’entre eux et moi, ou plutôt entre eux et le label, on peut voir un véritable partenariat. Bien sûr, nous les avons épaulés, mais ils nous ont aussi rendu de sacrés services... (Rires.) Nous ne sommes pas des espèces de gourous qui ont créé Radiohead. Nous les avons juste aidés à délivrer ce qu’ils voulaient parvenir à délivrer. Mais, oui, j’ai eu de la chance. Parce que je suis un des premiers à avoir bossé avec eux. En fait, le management, l’agent Charlie Myatt, le groupe et moi avons grandi ensemble. Radiohead a toujours eu vision des choses totalement opposée à ce que l’on pourrait appeler la pop grand public. Ils m’ont donné la force pour faire des choses différentes, ils m’ont conforté dans l’idée que l’on pouvait travailler de façon originale, que l’on n’était pas obligé de trouver la énième hype, aussitôt encensée, aussitôt enterrée. Et ça, c’est fantastique. J’avais déjà ce genre de volonté pour tenter d’imposer un artiste, mais le fait de travailler avec eux m’a donné la confiance nécessaire. Quel est, selon vous, le moment-clé dans le parcours de Radiohead ? Selon moi, il y en a eu deux. Le premier, c’est The Bends. Pendant les sessions d’enregistrement, il y a eu une période assez trau- matisante : le groupe semblait pétrifié. C'est alors qu’il est parti en tournée, et à son retour, tout s’est enclenché. Dès les premiers titres que j’ai pu entendre, comme Street Spirit (Fade Ont) ou Planet Telex, j’ai tout de suite pensé que le disque allait être excellent. Et surprenant. Dès ses débuts, je savais que Radiohead était différent des autres, qu’il pouvait réaliser des choses fantastiques, mais je ne savais pas à quel moment cela allait se produire. Et à l’écoute de The Bends, je me suis dit que c’était parti. Le deuxième moment-clé s’est produit à la fin des sessions de Ok Computer. Je suis allé les voir en studio, j’étais assis avec Nigel et le groupe, et à chaque morceau qu’ils me faisaient écouter, je ne pouvais que dire : “Fantastique !” (Rires.) Je me souviens d’être sorti en pensant que le disque était tout bonnement extraordinaire. Puis il y a eu d’autres instants magiques, comme le concert de Glastonburv en 1997. Ou celui de Barcelone, pour le lancement de Ok Computer. FEU D’ARTIFICE Quel serait votre meilleur souvenir ? (Il réfléchit.) Glastonbury en 1997. Tu as beau travailler avec l’un des groupes les plus populaires au monde, ça ne t’empêche pas d’être aussi nerveux qu’à l’époque des tout premiers concerts. Pendant les trois ou quatre premières chansons, j’en étais malade. Littéralement. (Rires.) Et ce qui est amusant, c’est que tout l’entourage ressentait la même chose mais personne n’osait l’avouer. Ensuite, Thom a commencé à avoir des problèmes techniques. J’ai alors craint le pire et puis, j’ai regardé le public...Et là, j’ai vu une foule conquise, en totale communion avec le groupe. Et pour couronner le tout, il y a eu ce feu d’artifice qui s’est déclenché accidentellement : c’était magique. Le deuxième moment-clé «s est produit à la fin des sessions de Ok Computer. Je suis allé les voir en studio, j étais assis avec Ldigel et le groupe, et à cliacpe morceau cpi ds me faisaient écouter, je ne pouvais que dire : FcUltClOtUpLÔ ! (Rires.) J e me souviens d être sorti en pensant que le disque était tout bonnement extraordinaire. Radiohead 2003 : un groupe à l'abri des coups durs Et le pire ? (Rires.) Je crois qu’au milieu de l’enregistrement de The Bends, ils ont vraiment traversé une passe difficile, se sont totalement remis en question. Mais je n’ai pas paniqué pour autant, j’étais sûr qu’ils allaient surpasser cette crise identitaire. Sinon, au moment du premier album, tout n’était pas rose car j’avais l’impression que les gens ne les comprenaient pas. Et nous avons commis des erreurs, comme la vidéo de Pop Is Dead, par exemple. Mais bon, rien de grave non plus. Nous étions en phase d’apprentissage, alors... Si vous ne deviez garder qu'une seule chanson de Radiohead ? (Rires.) C’est un non-sens ! Radiohead est justement un des rares groupes capables de tenir la distance, que l’on apprécie encore plus sur la longueur d’un album que sur un format single. Maintenant, j’ai bien une chanson favorite, il s’agit de Exit Music (For A Film)., un morceau fantastique et très émouvant. Mais j’aime tout Ok Computer, qui reste mon disque favori. Pourtant, paradoxalement, il m’arrive plus souvent d’écou-ter The Bends à la maison. Quelles ont été vos premières réactions à l'écoute de Hail To The Thief ? Sincèrement, je m’attendais à quelque chose dans le genre. Je vois où ils veulent en venir avec ce disque. Après, on se pose toujours les questions habituelles, on essaye de savoir si tel ou tel titre se doit d’être ou non sur l’album... C’est un disque très fort. Je suis très confiant. Aujourd’hui, plus que jamais, le groupe sait ce qu’il veut, où il veut aller. Tous sont vraiment heureux, bien dans leur peau. Je les ai vus mardi dernier (ndlr. le 20 mai) en répétition, et c’était phénoménal. Ils peuvent puiser dans un répertoire extraordinaire. Les nouveaux morceaux sonnent très bien. Et les cinq sont animés d’un état d’esprit vraiment positif... Quand ils sont comme ça, rien ne peut les arrêter. Au fait, vous jouiez vous-mêmes dans un groupe vers la fin des années 80, non ? Oui... (Rires.) J’étais batteur dans une formation qui n’a pas vraiment réussi. J’ai joué dans plusieurs groupes, réalisé quelques singles sur des labels indépendants. En fait, j’ai terminé par manager le dernier auquel j’ai participé. D’ailleurs, c’est ce qui arrive souvent aux batteurs. (Sourire.) Phil serait-il un bon manager pour Radiohead ? (Rires.) Hum, oui, sans doute si on y réfléchit bien... Mais bon, il reste surtout un batteur impressionnant. Et de ce point de vue, je ne suis pas sûr que le groupe y gagnerait. Chaque fois que je le vois, il m’impressionne. Je crois que je le jalouse, en fait. Je jalouse son métier ! ■ 49
Follow Me Around | Carol Baxter
Interview CHRISTOPHE BASTERRA Certes, Carol Baxter ne travaillera pas sur la sortie de Hail To The Thief. Mais cette femme discrète et efficace fut, entre Pablo Honey et Amnesiac, la tour de contrôle et 1' unique relais entre les différents services promotionnels des labels de Radiohead dans le monde entier. Émue et toujours aussi fan, elle revient sur cette expérience unique. À quelle occasion avez-vous entendu Radiohead pour la première fois ? C’était lors d’une conférence EMI, à Manchester je crois. Il y avait cinq groupes à l’affiche. C’est étrange parce qu’à cette époque, j’avais la ferme intention de quitter le label... Je ne travaillais qu’avec des artistes confirmés, des gens comme Tina Turner, Pet Shop Boys ou Iron Maiden. J’étais en poste depuis sept ans et je sombrais peu à peu dans la routine. Et ce soir-là, j’ai donc vu Radiohead. C’était en 1992, le groupe venait d’être signé. Je l’ai trouvé fantastique, déjà impressionnant sur scène. Je me suis dit alors : “Peut-être que ça vaudrait le coup de rester pour travailler sur ce projet... ” Le plus drôle, c’est qu’après-coup, au bar, il y avait ces deux personnes qui ne cessaient de regarder dans ma direction. Ils me semblaient avoir un air familier, mais je n’arrivais pas à savoir qui ils étaient. En fait, il s’agissait de Chris et Bryce, les managers, je les avais rencontrés quelques années auparavant, avant de déménager à Londres. Puis, je suis tombée sur Thom et Colin. J’ai donc discuté un peu avec eux, leur ai demandé d’où ils venaient. Et étrangement, ils étaient originaires de la même ville où habitaient mes parents et où j’étais allée au lycée ! Autant de coïncidences m’ont définitivement décidée. (Rires.) Pourrait-on se risquer à dire que Radiohead a changé le cours de votre vie ? Tout à fait ! Ils étaient jeunes et j’avais envie de les aider, de les accompagner, en quelque sorte, car j’étais convaincue qu’ils pouvaient aller loin. J’avais déjà collaboré avec de nouveaux artistes, comme Jésus Jones ou EMF, mais c’était vraiment différent. Là, j’ai vu qu’il y avait un challenge intéressant, et j’ai eu envie de le relever. Je croyais en ce groupe et je voulais tenter de convaincre le monde entier ! (Rires.) Et nous y sommes arrivés... Vous avez vraiment toujours eu confiance quant à son succès ? Oui. Absolument. À 100 %. Et c’est vraiment un sentiment étrange. Dans ta vie, à deux ou trois occasions, tu peux tomber sur un groupe que tu comprends immédiatement, dont tu sens qu’il est animé par une force incroyable... Et c’est exactement la sensation que j’ai éprouvée pour Radiohead. Dès le premier jour, j’étais intimement persuadée qu’ils arriveraient au sommet. Sans pour autant avoir une explication rationnelle à cela. Quel serait pour vous le moment clé dans l'histoire de Radiohead ? Il y en a eu plusieurs... Mais à un niveau purement personnel, je me rappelle très pré- cisément d’un concert à Paris en 1998, dans le cadre d’une manifestation Amnesty International. J’ai regardé tout le show sur le côté de la scène et je me suis dit : “Mon Dieu, ils sont énormes !” (Rires.) Ils n’étaient pas seuls à l’affiche et pourtant, on sentait que la majeure partie du public s’était déplacée pour eux. Cette nuit-là, j’ai pensé : “Voilà, c’est exactement ce que j’imaginais depuis les débuts... ”Je n’oublierais jamais cette prestation. INNOCENCE Quel est votre meilleur souvenir ? (Elle réfléchit.) Si je devais garder une seule image de toutes ces années, ce serait les dessins de Thom, pendant les tournées. Chaque jour, le tour manager distribuait à tout le monde un planning, et lui ne pouvait s’empêcher de gribouiller dessus des petits bonshommes... Et le pire ? Sans doute certains objets qui ont été envisagés ou faits à l’occasion de la sortie de tel ou tel disque... (Rires.) Il y a vraiment eu des choses d’assez mauvais goût, surtout un kit de promotion, réalisé par un département d’EMI à l’étranger, mais que je ne citerais pas, qui était juste repoussant ! Sincèrement, c’était horrible, et en plus, c’était pour la sortie de Ok Computer... 50 Une du N/ME, 21 juin 1997 Une d u MeLoày Maker, 24 mai 1997 Une dnJfeLtdy.ilaÂer, 11 mars 1995 Dans ta vie7 à Jeux ou trois occasions, tu tombes sur un groupe cjue tu comprenJs imméJiatement, Jont tu sens cpt il est animé par une force incroyable... Et c est exactement la sensation que j ai éprouvée pour RaJiobeaJ. Dès le premier jour, j étais intimement persuaJée qu ils arriveraient au sommet. Sans pour autant avoir une explication rationnelle à cela. .. Quelles ont été vos premières réactions à l'écoute de Hail To The Thief ? Oh, je fais toujours très attention avant de me prononcer. Dans le passé, il a pu m’arriver de me tromper sur la foi d’une seule écoute. Alors, depuis, et a fortiori lorsqu’il s’agit d’un artiste que j’adore, j’écoute le disque très attentivement, au moins cinq ou six fois. Pour Radiohead, j’ai toujours eu la même réaction. C’est l’un de ces rares groupes dont tu veux à tout prix aimer le disque, dont tu sais très bien que tu l’apprécieras dès la première écoute et que tu vas finir par adorer après quelques jours.(Rires.) À chaque fois, lorsque sortait un nouvel album, je prévenais les gens qui bossaient avec moi : “Je ne veux pas vous entendre un seul avis vant que vous soyez rentrés chez vous ce week-end et que vous ayez pris le temps de bien l’écouter. Ensuite, on pourra en discuter... "(Silence.) J’adore Hail To The Thief. Je n’en ai récupéré un exemplaire que récemment. Il y a déjà des morceaux que j’adore, même si je sais que, dans quelques jours, je vais en chérir d’autres. (Rires.) Mais bon, j’avoue que dans l’immédiat, mes préférences vont à There There, Sail To The Moon, Go To Sleep et I Will... En fait, je ne suis plus au label aujourd’hui et ce sera le premier album de Radiohead que je ne travaillerais pas. Ça me fait bizarre... Mais je vais aller les voir au Shepherds Bush Empire, samedi prochain (ndlr. le 24 mai). Jusqu’à la fin de la tournée Amnesiac, la plupart des personnes de l’entourage du groupe étaient là depuis le début, de l’attachée de presse au tour-manager... C’est assez incroyable. Tout le monde se connaissait, on ne perdait pas de temps. Je crois que Thom et les autres, en plus d’être des musiciens surdoués, savent très bien s’entourer. Et puis, quand tu les connais, tu as vraiment envie de te battre pour eux... Si vous ne deviez garder qu'une seule chanson ? Oh non... Ce ne devrait pas être permis de poser une telle question ! Bon, voyons : si je pars sur une île déserte... Non, c’est impossible : il y en a immédiatement quatre ou cinq qui me viennent à l’esprit ! No Surprises déjà, parce qu’il s’en dégage une innocence extraordinaire, ce pourrait presque être une berceuse pour enfants. Et les paroles sont fabuleuses. Il y a aussi How To Disappear Completely, en particulier pour le texte, et My Iron Lung, surtout en live. Et puis, Paranoid Android.., De toute façon, je pourrais choisir n’importe quel titre de Ok Computer. Bon, allez, je m’arrête là. (Rires.) Vous considérez-vous comme chanceuse d'avoir pu travailler avec eux ? Oh oui, c’en est même dingue. D’ailleurs, même si je n’avais pas bossé avec eux, je sais que Radiohead aurait été mon groupe favori, j’aurais été fan ! (Rires.) Et puis, humainement, ce sont des gens incroyables. Ce sont des gentlemen, ils sont passionnants, très intelligents. Et dire que j’ai quasiment fait le tour du monde avec de telles personnes... TIBET’SROCK:;=f.;i,uitm, j fjjpjn f 'U2, O/oveover gréarfsd», ! H'»... HAKSON 51
Follow Me Around | Hilda
Interview FRANCK VERGEADE Après des années de bons et loyaux services au chevet de la musique indépendante et de la politique anglaise, Hilda est récemment devenue la tour-manageuse du quintette d'Oxford, qu' elle a été la première à inviter en France en 1993 pour une mémorable Black Session. Entre souvenirs, anecdotes eu confidences, ce petit bout de femme à 1' énergie communicative raconte comment Radiohead est devenu une entreprise qui ne connaît pas la crise. Quel est ton premier souvenir de Radiohead ? Mon prédécesseur, Tim Greaves, était en 1991 tour-manageur d’une formation d’Oxford complètement oubliée aujourd’hui, qui s’appelait les Corn Dollies. Un grand groupe ! (Sourire.) Je l’avais fait jouer à La Locomotive, à Paris. Tim avait déjà rencontré Radiohead à cette époque, et il m’avait donné une cassette de trois-quatre titres. Tous les jours, il m’appelait pour savoir si je l’avais écoutée... Quand je l’ai enfin mise dans l’autoradio, il s’est passé quelque chose d’invraisemblable. Il y avait notamment Creep. Or, c’est impossible de résister à une chanson pareille. Enfin si, puisque le monde entier y a résisté très longtemps. (Sourire.) Comment t'es-tu retrouvée organisatrice de leurs concerts en France via Traffic Restreint ? Il s’est passé une Black Session sur France Inter. Je commençais alors à travailler avec Bernard (ndlr. Lenoir), et il fallait autant s’appuyer sur des groupes ou artistes relativement connus comme Ian McCulloch, James Radiohead avec Hildaet Bernard Lenoir, lors de sa première Sejjion, le 23 février 1993 et House Of Love que miser sur des découvertes. Sur la foi de la cassette, on a évidemment décidé d’inviter Radiohead. Le jour du concert, le 23 février 1993, l’album Pablo Honey n’était pas encore sorti. Ce soir-là, le public du studio 105 de la Maison de la Radio est tombé à la renverse. En conséquence de quoi, j’ai aussitôt proposé à la maison de disques d’organiser une tournée française, qui me l’a refusée. (Sourire.) À l’inverse, le management était très excité à l’idée d’avoir un territoire européen. Parce que si les collège radios américaines passaient Creep en boucle, Radiohead n’arrêtait pas de se faire des- cendre en Angleterre. Du coup, son management a mis la pression sur EMI, et la tournée fut mémorable. On en parle encore aujourd’hui. Il y avait vingt-cinq personnes par soir.... Mais on en garde tous de bons souvenirs. Regrettes-tu parfois ce temps-là ? Non, ça fait partie de l’histoire de Radiohead. Je ne suis pas de ceux qui font la gueule quand les groupes commencent à vendre des disques, bien au contraire. Pourtant, l'organisation n'a plus rien à voir... Tout est énorme, donc tout prend des proportions monstrueuses. De l’intérieur, je vois la pression qu’ils ont tous les cinq. Parce que Radiohead est aujourd’hui une entreprise. C’est fini l’époque de la tournée d’une bande de jeunes en van... Toutes les décisions impliquent EMI dans le monde, du personnel au quotidien, le management. Au total, nous sommes une trentaine. Quel est ton plus grand souvenir ? Un concert à Maxeville, dans la banlieue de 52 Les chansons k^Hcill To The Thiôf sont à la fois très différentes de ce qu ils ont fait jusqu à présent et forment un tout avec le reste du concert. C est comme si chaque alhum était une pièce du puzzle et que le concert les emboîtait une à une. Nancy (ndlr. le 15 juin 1993). C'était dans un cinéma lors de cette fameuse première tournée. Il y avait peut-être soixante, soixante-dix spectateurs, et cela reste l’un des plus beaux concerts de Radiohead que j’ai vus à ce jour, lout le monde connaissait les paroles de Creep par cœur, ce qui était merveilleux, vu le stade de notoriété où il en était. Il faut dire quon avait envoyé les paroles aux radios locales, comme on ne savait plus quoi inventer pour vendre des places. (Sourire.) Malgré une salle vide aux trois-quarts, c’était l’hystérie collective. Tant et si bien qu’il y a eu des rappels, ce qui est rare dans de telles conditions. Le concert n’en finissait plus. À l'inverse, as-tu vécu quelques moments cauchemardesques ? Je n’ai jamais vraiment eu de galères avec Radiohead, en dehors des frayeurs habituelles : Thom blessé au pied sur la tournée Ok Computer, deux jours avant le Zénith (ndlr. le 18 octobre 1997). J’avais des palpitations à l’idée d’annuler notre tout premier Zénith. Finalement, tout s’est bien réglé après un passage à l’Hôpital Américain. JAMES BOND D'ailleurs, tu ne dois pas manquer d'anecdotes croustillantes... Tous les membres du groupe ont un alias. Ils ne sont évidemment pas enregistrés dans les hôtels sous leur propre nom. Il y a eu une année où le pseudo choisi par Thom était James Bond. Et c’était odieux à chaque fois que je devais l’appeler... Un matin, je ne sais plus dans quel hôtel prestigieux de Paris, je devais passer le prendre pour l’emmener à l’Hôpital américain. Quand tu demandes au réceptionniste la chambre de monsieur Bond et qu’il te répond : “lequel ?\ je te laisse imaginer la réaction des personnes autour de toi. (Sourire. Quel est ton album préféré de Radiohead ? Je n’en ai pas. Chacun est trop différent. C’est comme si tu me demandais mon disque favori des Beatles, alors qu’il s’agit de mon groupe fétiche. En revanche, j’ai une chanson, mais ils vont me détester s’ils lisent cette interview. (Sourire.) C’est Banana Co, une face B d’un vieux single (ndlr. Pop Is Dead) : un morceau acoustique, très simple. Que penses-tu de Hail To The Thief ? À tomber par terre. Je m’étais interdite de l’é-couter avant d’avoir entendu les nouveaux titres sur scène. Je ne voulais pas avoir de préjugés avant de commencer la tournée. Hier, le tout premier concert à Dublin (ndlr. Le fameux chapiteau delà tournée de l'automne 2000, instal lé sur l'esplanade du Stade de France le 17 mai 2003), a été fantastique. Les chansons de Hail To The Thief sont à la fois très différentes de ce qu’ils ont fait jusqu’à présent et forment un tout avec le reste du concert. C’est comme si chaque album était une pièce du puzzle et que le concert les emboîtait une à une. Comment es-tu devenue tour-manageuse de Radiohead après avoir mis un terme à tes activités musicales ? Tim, qui était là depuis les débuts, avait décidé d’arrêter. Car il y a beaucoup de stress. (Sourire.) On m’a donc proposé de le remplacer, parce qu’ils ne souhaitaient pas d’une nouvelle personne et que je fais partie de l’entourage depuis longtemps. Après trois mois de réflexion, j’ai décidé d’accepter. Mais ça a été une décision vraiment difficile à prendre. Quelle est la qualité indispensable pour exercer ce métier ? Savoir être organisé. Il y a cinq personnes à gérer, qui ont cinq vies différentes. Ce n’est pas parce que tu es un artiste que tu n’as plus de vie. Ces gens-là ont des impératifs, des desiderata techniques, des partenaires, éventuellement des familles, dont il faut absolument tenir compte. Quelqu’un doit donc être là pour faire en sorte qu’une journée de tournée soit une journée décente pour le groupe. L’autre point important, c’est de rester calme. Combien de temps es-tu partie sur les routes ? Huit mois. C’est un saut dans l’inconnu parce que Radiohead est à un tournant de sa carrière, où tout est en train de passer à la catégorie supérieure. Donc je n’ai pas dt job description. (Sourire.) Aucune destination exotique n’est prévue. Il y a beaucoup, beaucoup des États-Unis. Parce que le groupe est énorme là-bas. Visiblement, les tickets sont en train de partir comme des petits pains. Ne crains-tu pas de te lasser de leur musique à force de les entendre ? Non, parce que la raison pour laquelle j’ai accepté ce boulot n’a rien à voir avec la musique. Le point commun entre tout ce que j’ai fait depuis quinze ans, c’est la logistique. Plus que mon amour du groupe, c’est l’aspect organisationnel qui m’intéresse. C’est un challenge d’être confronté à une organisation à l’échelle mondiale ■ 53
Follow Me Around | Nigel Godrich
Depuis la sortie de Ok Computer, en juin 1997, Nigel Godrich est devenu 1' un des producteurs les plus courtisés de la planète. Aux quatre coins du monde, de Beck à Neil Finn, en passant par Air, Travis, Pavement ou The Divine Comedy, il a ainsi dispensé sa science de V enregistrement et de la production, mais n' a jamais fait faux bond au quintette d'Oxford. Retour sur la destinée étonnante d'un homme sensible et surdoué, que d'aucuns considèrent, à juste titre, comme le sixième membre de Radiohead.
Article CHRISTOPHE BASTERRA “Comme on le dit traditionnellement, ce fut une question d’être au bon endroit au bon moment”. Voilà comment Nigel Godrich se risque à résumer son incroyable parcours. Certes, aujourd’hui âgé de trente-deux ans, l’homme a sans doute bénéficié de quelques concours de circonstance. Mais après tout, pour rester dans le domaine du dicton, le hasard fait parfois si bien les choses. Adolescent, comme tant d’autres en Grande-Bretagne, il est guitariste d’un groupe lycéen et revendique comme modèles Jimi Hendrix et Frank Zappa. Un beau jour, la formation se retrouve en studio afin d’enregistrer une maquette. Le jeune garçon y prend goût plus que de raison et montre un intérêt particulier à tout l’aspect technique. Peut-être était-ce dû à une question de gènes puisque son papa était lui-même ingénieur du son pour la BBC ? “Je lisais déjà des magazines professionnels quand j’étais gamin, mais mon père ne m’a jamais poussé dans cette voie-là, au contraire : il pensait qu’il y avait des jobs bien mieux que ça à faire”. Nigel essaye un moment d’épouser la carrière de photographe, mais il ne peut s’empêcher de revenir à sa passion première. En 1990, il commence alors par travailler aux studios AEK, aujourd’hui défunts, où il fait office d’homme à tout faire. “C’était un immeuble de cinq étages”, évoque-t-il dans sa succincte biographie. ‘J’avais un beeper sur moi, et toute la journée, c’était du genre : ‘Trois thés et deux cafés au studio 1, s’il vous plaît’. Je ne cessais de me répéter : Je hais ça, je hais ce truc !’ Je m’asseyais et pensais : Je suis vraiment tout en bas de l’échelle, c’est vraiment terrible... ’ Mais j’étais aussi conscient du fait qu’il fallait que je m’accroche car je savais que je devais en passer par là”. On le retrouve deux ans plus tard aux prestigieux studios RAK, où il franchit vite les échelons : trois mois après son arrivée, il est ingénieur du son. Et se retrouve à épauler le prestigieux John Leckie, d’abord sur le Back In Denim de Denim. puis sur Carnival Of Light de Ride. Lorsque le producteur est embauché pour donner naissance à The Bends, il demande naturellement à Godrich de l’accompagner dans cette nouvelle aventure. “Je n’avais aucune responsabilité sur ce disque”, se rappelle Nigel. “Je n’étais qu’un simple ingénieur”. Pourtant, l’occasion fait parfois le larron. “Un jour, John était absent, il était parti à un mariage, je crois. Avec le groupe, nous avons alors travaillé sur des morceaux pour des faces B. C’était un peu comme quand tes parents te laissent seul à la maison, et que tu en profites pour t’amuser. Au final, l’un de ces titres, Black Star, a terminé sur le disque”. Ce sont ces premières collaborations qui vont cimenter la confiance et l’amitié entre Radiohead et l’apprenti producteur, comme le rappelait Thom Yorke, en avril 1997 : “C’était la première personne que l’on rencontrait et qui nous comprenait parfaitement. Tu sais, sans avoir à lui dire quoi que ce soit pour tel ou tel morceau, il faisait exactement ce que nous désirions. Il existait une complicité incroyable entre lui et nous”. C’est donc Nigel qui travaille entre autres sur l’extraordinaire Lucky, morceau alors inédit que le quintette offre à la compilation Help et enregistré en l’espace de quelques heures. De même, lorsque les cinq camarades décident d’investir dans du matériel, ils appellent leur nouvel ami à la rescousse : “Parlophone leur avait donné une somme incroyable et ils m’ont demandé ce qu’ils devaient acheter. Trois mois plus tard, je me suis retrouvé devant tout cet équipement... ” En aidant le groupe à accoucher de Ok Computer, Godrich entre dans la cour des grands. Certes, il avait déjà participé au premier Lp de Bernard Butler et David 54 L important en studio, c est d arriver à tien faire jouer le groupe, quels que soient les moyens utilisés pour y parvenir. Alors, si cela signifie qu ’il faille faire un massage ou apporter à manger... Remise du disque d'or français pour Ok Computer, dans les loges du Zénith à Paris,le 18 octobre 1997 McAlmont, The Sound Of..., pour une expérience qui selon les propres mots de l’intéressé fut loin d’être inutile : “Bernard, qui produisait, est un type très talentueux. Ce que j’ai appris à son contact, c’est de ne pas hésiter à être aventureux... ” Aventureux, l’homme l’est certainement. Il ne faut pas s’étonner, donc, de le retrouver aux côtés de la pop star australienne Natalie Imbruglia ou de le voir s’acoquiner avec les rockers américains un peu barjots de Pavement. Il a aussi croisé à deux reprises le chemin de celui qu’il considère comme l’un des meilleurs artistes contemporains, Beck, pour Mutations en 1997, et Sea Change en 2002. MASSAGE Nigel Godrich reconnaît admirer le travail de Trevor Horn -l’ingénieux producteur caché derrière The Buggles, Propaganda, Grâce Jones, The Art Of Noise ou Frankie Goes To Hollywood dans les années 80, et de... tATu aujourd’hui —, mais sait très bien qu’il aurait fait fausse route s’il avait tenté de le copier. Pourtant, il n’en estime pas moins, malgré quelque temps passé à la School Of Audio Engineering, que “tu ne peux pas vraiment étudier ce métier a l’école. Il n’y a pas de règles... Alors, la meilleure façon d’apprendre est de regarder les autres faire”. Godrich n’a pas de formule. Il ne s’impose pas à l’artiste qui réclame ses services, ce qui serait l’antithèse parfaite de sa philosophie. Une philosophie somme toute assez simple : “L’important en studio, c’est d’arriver à bien faire jouer le groupe, quels que soient les moyens utilisés pour y parvenir. Alors, si cela implique qu’il faille faire un massage ou apporter à manger... ” Intronisé sixième membre “invisible” de Radiohead par Ed O’Brien lors d’une interview, “le seul homme en lequel le groupe a confiance” (selon les termes employés par Jonny Greenwood lui-même) a joué un rôle prépondérant dans les quatre derniers disques du quintette. A ce sujet, la réflexion faite, lors d’une interview réalisée en 2000, par ses amis Sam Hardaker et Henry Binns — avec lesquels il a monté Shabang Studio, et a débuté l’aventure Zéro 7, avant de s’en retirer, la faute à un emploi du temps surchargé — en dit long : “Nous n 'avons pas une culture très rock, mais sommes de plus en plus attirés par les instruments traditionnels, alors que Nigel, qui a joué dans des groupes lorsqu 'il était plus jeune, n 'écoute plus que des trucs électroniques barrés à la Aphex Twin”. Vous avez dit KidA ? Preuve de son influence certaine sur Thom et ses compagnons, c’est encore lui qui les a convaincus d’aller enregistrer le nouvel Lp à Los Angeles, malgré la perplexité initiale des principaux intéressés. Une décision dont ils sont aujourd’hui les premiers à vanter les mérites. Et même si l’homme goûte au succès avec d’autres formations {The Man Who, le deuxième album qu’il a produit pour Travis a rencontré un succès incroyable il y a deux ans) et n’est pas à l’abri de quelque mésaventure (les sessions d’enregistrement du successeur de Is This It des Strokes viennent d’avorter), son destin semble lié à jamais, et seulement pour le meilleur, à celui de Radiohead. Et lorsqu’il déclare en 2001 que “la plus belle expérience que tu puisses vivre dans un studio, c’est quand tout le monde joue ensemble et qu’il se passe soudainement quelque chose, sans comprendre d’où ça vient... ”, on a l’impression qu’il décrit, de façon prémonitoire, l’enregistrement de Hail To The Thiefu 55