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Maudite mémoire
by Nicolas Tittley

Que dire de plus à propos de Radiohead, qui débarque chez nous auréolé du titre enviable de "groupe le plus important de la planète"? Rien, sinon qu'à l'aube de la deuxième moitié de leur tournée nord-américaine, les membres du quintette d'Oxford sont confiants et enthousiastes à l'idée de nous présenter la résultat de la révolution engendrée par le diptyque KidA/Amnesiac. Discussion à bâtons rompus avec le batteur Phil Selway.
 
L'ambiance qui entoure cette tournée semble à des années-lumière de celle, très tendue, qui caractérisait la fin de la tournée d'OK Computer, du moins si l'on se fie au documentaire Meeting People Is Easy. Je me trompe?
Pas du tout. On est vraiment beaucoup plus heureux de tourner en Amérique cette fois-ci, alors que la dernière fois, c'était presque devenu une corvée. Le documentaire montre d'ailleurs très bien à quel point on était blasés après trois albums et sept ans de tournée; on n'arrivait même plus à apprécier ce qui se passait autour de nous. Le film n'est pas très agréable à regarder pour nous, parce qu'il nous ramène à une période difficile; mais c'est un document utile, qui témoigne bien de certains aspects de la vie de plusieurs groupes.

Justement, le fait d'avoir rendu publique votre insatisfaction dans ce film a fortement influencé la façon dont a été perçu le virage musical entrepris avec Kid A, vu comme une réaction au dégoût vécu à cette époque. Regrettez-vous d'en avoir trop montré?
Ça ne nous ennuie pas que les gens croient qu'on a fait Kid A en réaction à OK Computer, puisque c'est précisément ce qui s'est passé. On a complètement chamboulé notre façon de faire, de manière à retrouver un certain enthousiasme nécessaire à la création. Jusqu'à OK Computer, on était restés essentiellement le même groupe mais avec Kid A, on voulait que la musique reflète notre vie actuelle, qui est bien différente de celle des débuts. On a donc dû procéder à une refonte complète de nos méthodes de fonctionnement.

Ce changement semble avoir été aussi stimulant que bénéfique, mais n'y a-t-il pas eu des instants d'angoisse et de doute?
Certainement; à l'occasion c'était même excessivement déprimant! Parfois, on en arrivait à se demander si on n'était pas dans un cul-de-sac; et, pour la première fois de notre carrière, on a sérieusement considéré l'éventualité que tout cela ne nous mène nulle part. Heureusement, c'est tout le contraire qui s'est finalement produit.

Revoir ainsi toutes ses convictions est un processus risqué. N'y a-t-il pas eu, à un moment ou à un autre, des discussions à propos de la composition même du groupe?
Justement, non. Ce qui s'est passé de plus positif dans toutes les sessions de travail de Kid A et d'Amnesiac, c'est qu'on a constaté que si Radiohead devait survivre, on allait avoir besoin de cinq membres. Tout le monde apporte sa contribution, alors si tu enlèves un élément, tu touche à l'essence même du groupe. Malgré tout ce que j'ai dit plus tôt, nous sommes toujours, d'une certaine façon, le même groupe qui a enregistré Pablo Honey..

En travaillant sur Kid A/Amnesiac, vous semblez avoir fait passer la musique avant tout, quitte à laisser certains membres de côté à quelques reprises. Était-ce parfois une leçon d'humilité pour vous?
(longue pause) Hmmm. On se plaçait parfois en retrait, mais je ne sais pas si "humilité" est le terme approprié. De toute façon, dès que tu as cinq personnes dans un groupe, tu dois sacrifier beaucoup de choses et faire des compromis. C'est étrange: les gens ont tendance à voir le compromis comme quelque chose de négatif, alors que ça peut être très stimulant; surtout lorsqu'on travaille vers un but commun: revoir son rapport à la musique.

Vous faites souvent référence à Kid A et Amnesiac comme un tout. Considérez-vous ces deux volets c0mme un seul et même disque?
En fait, on n'a pas commencé l'enregistrement en pensant faire deux albums; on s'est simplement retrouvés avec trop de pièces pour un seul disque. Le tracklisting de Kid A s'est fait très simplement et on a accouché, à mon avis, d'un disque très cohérent. Amnesiac a peut-être été plus difficile du fait qu'il ne nous restait pas autant de chansons. Alors l'idée que Kid A devait être l'album "expérimental" et Amnesiac l'album "normal " est un peu ridicule. On ne l'a jamais imaginé comme ça; et toutes les chansons viennent des mêmes sessions!

Certaines de vos pièces récentes, comme Dollars and Cents, par exemple, sont de complexes "copier-coller" qui relèvent d'un important travail de studio. Vous avez gardé en tête le fait que ces chansons devaient pouvoir être jouées sur scène?
On n'y a pas beaucoup pensé au moment de les faire, car la plupart des chansons ont été enregistrées très spontanément, parfois dans de chaotiques jam-sessions. C'est par la suite qu'il a fallu trimer dur. Au mixage, on s'est un peu compliqué la vie, mais on a essayé d'éviter les pièges de la surproduction. Une chose est sûre, toutefois, ces nouvelles chansons nous donnent énormément de plaisir sur scène.

Est-ce que, d'une certaine façon, la création de Kid A et d'Amnesiac vous a rendus plus libres?
La liberté, c'est avant tout un état d'esprit. En y réfléchissant, je dirais que oui, je crois qu'on est plus libres maintenant. Une fois que tu as fait un truc comme Kid A, je pense qu'il est impossible de revenir en arrière.

Avec The Beta Band et Kid Koala
Le 5 août
Au parc Jean-Drapeau
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